COP21 : Entretien de l’Ambassadeur de France avec le quotidien Hayastani Hanrapetoutioun à l’occasion de la conférence climatique à Paris [hy]

1. A la suite des attentats de Paris, le 13 novembre, il a été tout de même décidé de tenir la conférence internationale sur les changements climatiques prévue dans la capitale française, le 30 novembre. Ce fut une décision assez compliquée compte tenu du danger de nouveaux attentats et de la participation d’un nombre important de chefs d’Etat étrangers à cette conférence. Quelles mesures de sécurité seront prises pour assurer le travail normal de cette conférence ?

À la fin de son discours consacré aux attentats du 13 novembre devant l’ensemble des parlementaires français, le Président Hollande a évoqué la Conférence sur le climat en ces termes : « Nous devons continuer, continuer, à travailler, continuer à sortir, continuer à vivre, continuer à influencer le monde : c’est pourquoi le grand événement international de la conférence sur le climat sera non seulement maintenu, mais sera un moment d’espérance et de solidarité ».

Le régime de l’état d’urgence a été prolongé de 3 mois et doté d’un arsenal de mesures visant à assurer la sécurité des chefs d’Etats étrangers, des autres participants à la Conférence ainsi que des visiteurs. Des forces supplémentaires militaires et policières sont déployées depuis les attentats dans l’objectif d’assurer la sécurisation des sites et des moyens de transport. Le site de la Conférence au Bourget sera particulièrement sécurisé ; dans la zone des Nations unies où seront les Chefs d’Etat et les délégations officielles, on ne pourra rentrer qu’avec un laissez-passer et les contrôles seront stricts ; pour les espaces générations climat, qui seront ceux du fourmillement d’initiatives citoyennes et de la mise en commun d’expériences et de solutions, nous renforcerons bien évidemment les conditions d’accès. Le gouvernement a par ailleurs interdit les manifestations sur la voie publique pendant la durée de la COP21.

Le dispositif de sécurité est donc à la hauteur des risques actuels.

2. Le terrorisme international, l’instabilité au Proche Orient ne refoulent-ils au second plan l’attention envers la solution de tels problèmes urgents comme les changements climatiques ou le réchauffement global ? Comment les Etats peuvent-ils combiner ces priorités, lutter contre le terrorisme international et mettre en place leurs engagements en vue de trouver des solutions aux changements climatiques ?

Le terrorisme se nourrit de la rancœur, de la misère et de l’instabilité. Le dérèglement climatiques accentue des phénomènes préexistants et qui sont favorables au terrorisme, en générant des conflits sur les ressources (guerres pour l’accès à l’eau par exemple) et des réfugiés climatiques, susceptible de déstabiliser des régions entières. Tous ces maux touchent en priorité les plus pauvres et les plus vulnérables.
Agir pour réduire au maximum les dérèglements climatiques constitue une action de prévention contre le terrorisme. Selon la Banque Mondiale, 100 millions de personnes supplémentaires basculeraient dans l’extrême-pauvreté si rien n’est fait pour limiter le réchauffement global.
Des réunions internationales ont d’ailleurs eu lieu tout au cours de l’année sur le lien entre le climat et la sécurité. Combattre les changements climatiques, c’est aussi investir sur sa propre sécurité à long terme.

3. Les situations de guerre, le terrorisme et la lutte contre le terrorisme sont davantage évoqués dans les médias que le problème des changements climatiques et les défis qu’ils posent. Peut-on noter qu’à cause des phénomènes cités, les problèmes climatiques échappent à l’attention de la communauté internationale et des élites politiques ?

Les contributions nationales des États, les engagements de la société civile, des collectivités locales et des entreprises ont été très importants en cette année 2015, témoignant au contraire de l’importance que la communauté internationale attache aux enjeux de la Conférence de Paris sur le Climat qui doit préparer un accord universel et contraignant pour l’après 2020, qui succèdera aux engagements des seuls États industrialisés du protocole de Kyoto (1997).

La semaine dernière, les principaux dirigeants de la planète réunis pour le sommet du G20 en Turquie, ont reconnu que 2015 est une année décisive pour le climat. Les vingt premières puissances économiques mondiales plaident pour la conclusion à Paris d’un accord « juste, équilibré, ambitieux, durable et dynamique », devant respecter les « responsabilités différenciées et les capacités de chacun ».

4. Quelles seront les questions qui figureront à l’ordre du jour de la conférence ? Quels sont les acquis dans la solution des problèmes climatiques et dans la mise en place des engagements des États ? Quels problèmes demeurent non résolus ? Quel est le rôle de la France dans ce domaine ?

Les objectifs de la COP 21 ont été définis en 2011 à Durban : trouver un accord international contraignant qui contienne le changement climatique sous la limite des 2° d’augmentation de la température. Pour y parvenir, les Etats (154 pays jusqu’à présent) ont présenté leurs contributions nationales qui marquent leurs engagements, proposant des solutions innovantes et chiffrées aux problèmes climatiques qui seront présentées lors de la COP21 à Paris.

La question de la forme juridique du futur accord et de ses mécanismes de contrôle reste un point que devront trancher les 195 pays participant à la conférence de Paris. Le président de la République française, François Hollande, a déclaré que « si l’accord n’est pas juridiquement contraignant, il n’y aura pas d’accord. Parce que ça voudra dire qu’il n’est pas possible de vérifier ou de contrôler les engagements qui seront pris ».

La France doit assurer un rôle de facilitateur entre toutes les parties prenantes afin que soit trouvé un accord universel et contraignant pour maintenir la température globale en deçà de 2 °C d’ici la fin du siècle.

5. En complément à la question précédente, quel est le rôle de l’Arménie dans la lutte contre les changements climatiques ? Quels domaines de coopération avec des partenaires internationaux sont choisis par l’Arménie en général et avec la France en particulier ?

Le changement climatique actuel est principalement lié à l’émission des gaz à effet de serre provenant des activités humaines, principalement le dioxyde de carbone (CO₂). La consommation des énergies fossiles (production d’énergie, carburant des véhicules, chauffage de l’habitat, industrie) est, de loin, le secteur le plus incriminé. Mais il ne faut surtout pas oublier le changement d’occupation des terres, incluant la déforestation, qui se situe à la seconde place en terme de responsabilité dans l’augmentation des émissions mondiales de gaz à effet de serre (17% des émissions mondiales). L’Arménie s’engage essentiellement sur le développement des énergies faiblement productrices de carbone comme le nucléaire, les énergies renouvelables (hydroélectricité, solaire), l’efficacité énergétique, la reforestation ou entre la gestion des déchets avec des partenaires internationaux. Une délégation arménienne de haut niveau se rendra à Paris à l’occasion de la COP21. En marge de cet événement, l’Arménie peut également élargir son champ de coopération avec la France dans la lutte contre le réchauffement climatique.

6. Quelles mesures doivent être prises par la communauté internationale pour surmonter les défis globaux posés par les changements climatiques ? Les actions militaires, l’instabilité dans certaines régions du monde et le terrorisme ne réduisent-ils pas l’efficacité de ces mesures ?

D’après les travaux du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), un réchauffement supérieur à 2°C entraînerait des conséquences irréversibles, comme la multiplication des événements climatiques extrêmes. La COP 21 devra adopter au niveau international un ensemble de mesures visant non seulement à réduire l’impact des changements climatiques (hausse du niveau de la mer, sécheresse…), ce que l’on appelle l’adaptation, mais aussi réduire les émissions de gaz à effet de serre (l’atténuation). Il s’agit, par exemple, de favoriser le développement des énergies renouvelables ou de soutenir les modes de transports les moins émetteurs.
Si la lutte contre le terrorisme est aujourd’hui une préoccupation majeure des démocraties et particulièrement de la France, touchée fortement comme vous le savez et de l’Europe, un réchauffement climatique incontrôlé aboutirait aussi à une instabilité majeure dans le monde, en particulier avec des régions, des pays entiers menacés dans leur existence et des millions de réfugiés climatiques. Il est bien sûr difficile d’agir sur les changements climatiques dans des pays en guerre comme la Syrie ou la Libye, mais bien heureusement la plus grande partie de la planète n’est pas touchée par des conflits militarisés.

publié le 30/11/2015

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