Entretien de l’Ambassadeur avec l’agence de presse Armenpress

Comment vous sentez-vous en Arménie ? Qu’avez-vous découvert d’intéressant pour vous en Arménie et comment décrivez-vous les Arméniens ?

-  Je ne suis que depuis quelques mois en Arménie, mais je m’y sens déjà bien. L’accueil des Arméniens a été chaleureux ; je constate chaque jour l’importance des liens entre nos deux pays.
-  Pour l’instant, j’ai commencé à découvrir la capitale et je suis allé skier plusieurs fois à Tsakhkadzor ; je me suis rendu samedi dans la plaine de l’Ararat, j’envisage dans les mois qui viennent de visiter davantage le reste du pays.
-  Au-delà de leur hospitalité, les Arméniens m’apparaissent comme foncièrement attachés à leurs valeurs, à leur culture et à leur Histoire, ce qui fait d’eux des interlocuteurs particulièrement authentiques avec qui l’échange est enrichissant.

Quelles seront les priorités de votre action diplomatique ? Quelles questions de la relation franco-arménienne demeureront au cœur de votre attention ?

-  La priorité de mon action diplomatique est le développement des échanges économiques et commerciaux entre la France et l’Arménie. Même si la France occupe la deuxième position dans le classement des investisseurs en Arménie, le commerce extérieur bilatéral a tout juste dépassé 60 millions d’euros en 2014. Je voudrais que la relation économique entre nos deux pays devienne aussi forte que nos relations politiques.

-  Si les entreprises françaises trouvaient la place qui leur revient logiquement en Arménie, les consommateurs arméniens en seraient les premiers bénéficiaires, comme c’est déjà le cas avec Orange et Carrefour par exemple. En matière d’infrastructures par exemple, domaine dans lequel le gouvernement, et en particulier la municipalité d’Erevan, ont lancé d’ambitieux programmes de modernisation, les entreprises françaises bénéficient d’un savoir-faire reconnu dans le monde entier. Mon travail est de convaincre les Arméniens que la « marque France » leur apporterait le confort et la sérénité dans des domaines essentiels pour la qualité de vie comme les transports publics, la santé ou le ramassage des déchets.

L’année 2015 est une année particulière pour l’Arménie et pour le peuple arménien. Comme vous le savez, les Arméniens commémoreront cette année le centième anniversaire du Génocide arménien. Quel est votre message au peuple arménien ?

-  Je tiens à témoigner mon soutien à l’égard d’une nation qui, au cours de son Histoire, a connu beaucoup d’épisodes tragiques, parmi lesquels le Génocide occupe bien entendu une place entièrement à part. La visite du Président Hollande le 24 avril 2015 est le meilleur témoignage de l’importance que la France accorde à cette commémoration.

Dès l’année dernière, le Président Hollande avait fait savoir qu’il visitera le Monument du Génocide le 24 avril 2015. Avez-vous des informations quant à la composition de sa délégation ?

-  A ce stade, la composition de la délégation, qui comprendra environ 120 personnes, n’est pas arrêtée. Tout ce que je peux vous dire, c’est que cette délégation sera très importante et que le Chef de l’Etat français devrait être accompagné de personnalités de premier plan ayant un lien particulier avec l’Arménie.

Monsieur l’Ambassadeur, les génocides se poursuivront tant qu’ils n’auront pas été condamnés et tant que les criminels n’auront pas été punis. Malheureusement, le Génocide arménien n’a pas été reconnu et condamné par l’ensemble de la communauté internationale. Quel est le message de la France, en tant que l’un des pays les plus importants de l’UE, à ses partenaires de l’UE et à la Turquie ?

-  Comme vous le savez, l’Arménie a dans la France un allié fidèle auprès des institutions internationales sur cette question. Parallèlement, la France appelle régulièrement la Turquie à regarder en face cette page de son passé. Aucune Nation ne peut s’enorgueillir d’avoir maintenu une attitude exemplaire durant toute son Histoire. De son côté, la France est parvenue – certes après un long débat, mais avec détermination – à reconnaître sa part de responsabilité dans la déportation des Juifs ou dans certains épisodes de l’époque coloniale. Dans d’autres contextes, d’autres Nations, dont personne ne conteste la grandeur, ont admis qu’elles avaient aussi connu leurs heures sombres.

Dans quelle étape se trouve l’élaboration d’un nouveau projet de loi pénalisant la négation du génocide arménien en France ? Est-il possible qu’un nouveau projet de loi soit présenté à l’AN d’ici le 24 avril ?

-  Une proposition de loi sanctionnant la contestation du Génocide arménien a été adoptée par le Parlement français en 2012, mais elle a été censurée par le Conseil constitutionnel, au motif qu’elle portait atteinte à l’exercice de la liberté d’expression et de communication. Fort de cette expérience, le Président de la République, l’an dernier, a donné instruction au gouvernement de préparer un nouveau texte, mais avec comme consigne de porter la plus grande attention à ce que le texte soit, cette fois, juridiquement incontestable. Nous en sommes là.

La France est l’un des partisans du renforcement des relations entre l’Arménie et l’UE et les autorités françaises ont plusieurs fois évoqué l’importance de cette relation. Quelles sont les attentes de la France en ce qui concerne le sommet du Partenariat oriental à Riga ?

-  Au sein de l’Union européenne, la France est aux côtés de l’Arménie, et pèsera actuellement de toute son influence pour que l’on parvienne à une feuille de route ambitieuse au Sommet de Riga.

-  La France estime que c’est une force, pour l’Arménie, d’avoir su entretenir des relations à la fois avec les pays de son voisinage et avec nombre de partenaires occidentaux. Néanmoins, ne pas se montrer ambitieux à Riga reviendrait à priver l’Arménie de nombreuses opportunités, en termes de coopération économique et de dialogue politique. Parvenir à un tel résultat à Riga suppose non seulement la finalisation des consultations entre l’Arménie et l’Union européenne, mais également entre l’Arménie et chacun des Etats-membres de l’UE, la structure de l’Union étant ainsi faite que la position de chacun des 28 Etats compte dans le processus de prise de décision. Il faut les convaincre un à un.

Depuis le début de l’année, la tension ne diminue pas sur la frontière arméno-azerbaïdjanaise et sur la ligne de contact. Bien que les coprésidents du Groupe de Minsk fassent des déclarations et effectuent des visites dans la région, l’on a l’impression qu’il n’y a pas de résultat tangible, puisque les tirs sur la frontière ne cessent pas. Comment évaluez-vous cette situation ?

-  Comme la plupart des observateurs, je suis inquiet du regain de tension sur la frontière arméno-azerbaïdjanaise et sur la ligne de contact. La France ne ménage pas ses efforts pour éviter que la situation ne se dégrade, depuis la rencontre organisée à Paris entre le Président Sarkissian et le Président Aliev jusqu’aux efforts récents de notre co-président au sein du groupe de Minsk. Le Président de la République française reste très engagé dans le règlement pacifique de ce conflit. Nous sommes persuadés qu’une solution négociée et un accord global se fondant sur les trois principes de base est toujours envisageable. Le statu quo n’est pas tenable.

Ne croyez-vous pas que dans le règlement du conflit du HK, les parties se trouvent dans l’impasse ?

-  La coprésidence du Groupe de Minsk continue à rechercher des solutions pacifiques en rencontrant les parties et différents acteurs régionaux. Avec le contexte local du centenaire et le contexte géopolitique international, les tensions sont peut-être trop nombreuses pour envisager une issue favorable à court terme, mais nous continuons à y travailler dans le cadre de notre médiation, aux côtés des Etats-Unis et de la Russie. Mais comme le rappelait récemment le Président Sarkissian devant les parlementaires d’Euronest, la clé de la résolution de ce conflit se trouve d’abord et avant tout à Erevan et à Bakou. Nous ne sommes ici que des médiateurs.

publié le 26/10/2015

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