Entretien de l’Ambassadeur pour le quotidien Aravot [hy]

JPEG Selon l’Ambassadeur Extraordinaire et Plénipotentiaire de France en Arménie, Jean-François Charpentier, la possibilité de se comprendre mutuellement est aussi une possibilité de dialoguer.

Du 10 au 11 octobre 2015, Erevan accueillera la 31e session de la Conférence des Ministres des affaires étrangères de l’Organisation Internationale de la Francophonie, à laquelle sont attendus plus de 500 représentants des États membres de l’OIF ainsi que son Secrétariat.
A cet égard, “Aravot” s’est entretenu avec l’Ambassadeur Extraordinaire et Plénipotentiaire de France en Arménie, Jean-François Charpentier (en photo).

Nous avons demandé à Monsieur l’Ambassadeur d’aborder la signification de l’événement et notamment sur le fait que celui-ci se déroule à Erevan.

« La France peut exprimer sa satisfaction au fait que la 31e session de la Conférence des Ministres des affaires étrangères de l’Organisation Internationale de la Francophonie soit hébergée en Arménie. En 2012, lors du sommet de la Francophonie ayant eu lieu à Kinshasa (République Démocratique du Congo), l’Arménie est devenue à l’unanimité le 54e État membre à part entière de l’Organisation Internationale de la Francophonie.
De par son statut de membre de l’Organisation Internationale de la Francophonie, l’Arménie a naturellement souhaitée prouver sa participation active, l’un de ces moyens fut le désir de l’Arménie d’héberger la Conférence ministérielle. C’est ainsi que, l’année dernière, durant la Conférence ministérielle de Dakar, tous les participants ont unanimement accueillis cette proposition. »

Nous nous sommes demandé ce qu’allait être le message de la Conférence et les points significatifs qu’elle allait aborder. L’Ambassadeur a répondu que les messages étaient les mêmes, à nouveau ils se focaliseront sur la tolérance, le dialogue et la protection des droits de l’Homme.

« Si l’on formule la tendance adoptée par la 31e Conférence, alors trois mots seront soulignés : tolérance, jeunesse et changement climatique. »

A la question de “Aravot” sur la possibilité de prôner les valeurs de la Francophonie dans l’Arménie Eurasienne (UEE), et s’il n’y voyait pas d’incompatibilité idéologique, notre interlocuteur a répondu.

« Je ne vois aucune contradiction. Pour développer ma pensée, j’utiliserais le terme de « monde globalisé », qui est très communément usité ces dernier temps. Cela implique un processus qui tend vers l’expansion des contacts au niveau économique de différents pays mais ce n’est pas seulement à propos de l’économie. Cela porte aussi sur les relations globalisées de la population en général, il n’y a pas d’approche exclusive. Il y a de nombreux pays dans le monde qui sont membres de nombreuses structures en même temps.
Prenons l’exemple de la France. La France est un État membre de l’Union Européenne, le président de l’Organisation Internationale de la Francophonie ainsi qu’un membre de l’OTAN ou encore un État membre à part entière de l’Organisation de Coopération et de Développement Économiques. Tout cela ne se contredit pas. Prenons encore le continent africain, où il y a différents pays intégrés à différentes structures. En même temps, de nombreux pays africains sont aussi membres de l’Organisation de la Francophonie. »

Avec l’appartenance à l’Assemblée Nationale de la République d’Arménie au Parlement de la Francophonie, depuis 2014, nous avons interrogé l’Ambassadeur sur l’effectivité de cette coopération.

“Depuis l’établissement de cette coopération la diplomatie parlementaire démontre son implication, ce que j’estime positif. En mars, une autre importante rencontre a été conduite entre l’Assemblée Parlementaire de la Francophonie et l’Assemblée Nationale de la République d’Arménie ce qui ne peut donner que d’excellents résultats. »

Lors de cette conversation avec M. Charpentier, nous avons indiqué qu’il y a deux universités francophones en Arménie : l’Université Française en Arménie et l’Institut de l’Ingénierie Franco-Arménien, nous lui avons aussi demandé s’il y avait une actualité avec ces universités de manière générale.

« En mars 2011, la branche arménienne du réseau international de la Chaire de Francophonie Senghor a été inaugurée à l’Université Française en Arménie avec l’objectif de contribuer à la publicité de la Francophonie par ses différents aspects. J’exprime mes remerciements au fait que l’Université Française en Arménie ait la chance de travailler avec cette structure efficace qu’est le réseau de la Chaire de Senghor. L’ouverture d’une telle Chaire à l’Université Française en Arménie est un grand progrès car c’est le réseau, basé sur le niveau scientifique, qui permet de faire travailler ensemble professeurs et scientifiques. Mis à part la Chaire Senghor, il y a une autre structure importante, l’Agence des Universités de la Francophonie, établie au Canada. C’est une puissante structure dans le monde de la coopération universitaire.
Les universités arméniennes : l’Université Française en Arménie, l’Université d’État d’Erevan, l’Université d’État de Linguistique d’Erevan et l’Université Nationale d’Ingénierie d’Arménie sont membres de cette structure. L’Université Médicale d’État d’Erevan essaie aussi de la rejoindre. De plus, avec la Conférence, le sujet de l’amélioration des relations entre les institutions d’enseignement supérieur va aussi être abordé. Tous ces sujets sont dans l’agenda. De surcroit, le 12 octobre, il est prévu d’organiser une grande rencontre entre la Secrétaire Générale de l’OIF et les représentants de l’Agence Universitaire. »

Il a aussi mentionné qu’a l’occasion de la prochaine Conférence Ministérielle de la Francophonie, l’Ambassade, avec les partenaires du Ministère des Affaires Étrangères, organisera deux évènements culturels. Le groupe francophone de rap-folk haïtien « BIC » et le groupe de hip-hop « Pokemon Crew » organiserons un concert en extérieur le 9 octobre au Complexe de Cascade ainsi que le 11 octobre au Théâtre des Marionnettes. L’Ambassade espère une large audience pour cet évènement culturel unique.

« Nous souhaitons réellement que cet important évènement politique soit accompagné d’un évènement culturel. Nous espérons que le Secrétaire d’État aux Affaires Européennes, Harlem Désir, assistera au premier concert et un autre concert sera prévu pour les délégués assistant à la Conférence. Nous voulons montrer à l’audience arménienne la dynamique, dont la Francophonie est dotée dans toutes les partie du monde où cela est nécessaire. ».

Sachant que tous les ambassadeurs, après accomplissement de leur mission diplomatique, sont commémorés par une action, une vieille tradition, nous avons demandé à M. Charpentier comment il aimerait que l’on se souvienne de lui.

« Je viens tout juste de commencer ma mission en Arménie, et je n’ai aucune idée de la place qui me sera accordée dans l’histoire des relations diplomatiques franco-arméniennes. Je n’ai pas pour objectif d’associer mon nom à un évènement. Mon approche est la suivante : Promouvoir toutes les choses qui nécessitent de l’être. Tout d’abord, à mon arrivée en Arménie, j’ai découvert que les relations franco-arméniennes couvraient une large gamme d’activité.
J’attache personnellement une grande importance à l’approfondissement des relations économiques. J’aimerais les élever au niveau des relations politiques et culturelles franco-arméniennes. J’aimerais aussi faire découvrir la vraie France en Arménie. La France qui existait il y a 30-40 ans existe toujours dans les yeux de la population arménienne. J’aimerais que les arméniens aiment la France d’aujourd’hui et soient familier avec cette France. Cela requiert la traduction de nombreux nouveaux livres, de faire voir aussi de nombreux films français modernes et de faire écouter la musique française contemporaine. L’art français, sous toutes ces formes, doit être représenté en Arménie. De même, les scientifiques et chercheurs arméniens devraient plus communiquer avec la superpuissance française en matière scientifique et technique. C’est mon principal défi que je me suis fixé pour moi et pour l’équipe avec laquelle je travaille. »

Nous avons demandé à M. l’Ambassadeur s’il considérait que la culture est la meilleure des politiques, et si la beauté sauvera le monde, comme certains le pensent.

« Changer le monde serait un peu prétentieux, mais le fait que l’art et la culture aient le rôle de balancier entre l‘humanité et la sauvegarde de celle-ci contre la barbarie, contre les incompréhensions mutuelles, contre les conflits et les guerres, est une vérité. Plus il y aura de gens qui communiqueront entre eux, plus facile sera la compréhension de l’autre. La chance de percevoir l’autre de manière réciproque est aussi une chance de dialogue. »
L’Ambassadeur Extraordinaire et Plénipotentiaire de France en Arménie, Jean-François Charpentier, en est persuadé.

Article de Gohar HAKOBYAN pour le quotidien “Aravot”

Traduit de la version anglaise disponible ici

publié le 23/10/2015

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