Entretien pour le site d’information Aysor.am [hy]

1. Monsieur l’Ambassadeur, cela fait deux ans que vous représentez la France en Arménie et que vous vous êtes habitués à la vie en Arménie. Vous sentez-vous bien en Arménie ?

Oui, je me sens très bien ici, les Arméniens étant très accueillants et chaleureux, à la fois respectueux et curieux envers les étrangers, ce qui facilite le contact et l’échange. Erevan est une ville ancienne et pleine de charme, située dans un écrin de nature qui ne laisse pas indifférent et très dynamique. On y trouve toujours quelque chose d’intéressant à faire.

2. Vous avez été en mission diplomatique dans divers pays. Pouvez-vous dresser des comparaisons entre les expériences précédentes et votre mission en Arménie ?

La différence porte probablement dans l’intensité de la relation avec la France. Ici, en Arménie, on sent une grande et sincère francophilie et un réel désir de travailler avec nous.

3. Dans votre biographie, il est indiqué que vous maîtrisez plusieurs langues. Vous trouvant en Arménie, avez-vous eu l’occasion d’étudier l’arménien ? Si oui, pouvez-vous comparer le niveau de complexité de la langue arménienne avec celui de la langue française et indiquer laquelle de ces deux langues est plus complexe ?

Hélas, ma curiosité naturelle et mon amour des langues m’a poussé à apprendre l’arménien. Je dis « hélas » car l’arménien est une langue fascinante, mais difficile. Cela étant, aucune langue n’est impossible à apprendre : l’essentiel est de s’y investir avec ardeur et intérêt. Dans le cas spécifique de l’arménien, il faut tout d’abord se familiariser avec un alphabet des plus différents puis retenir un vocabulaire qu’une culture vieille de 17 siècles d’histoire a façonné et considérablement enrichi. Malgré tout, une fois la barrière de l’alphabet franchie, et après deux années d’un apprentissage méticuleux, l’arménien me paraît une langue souple, avec une grammaire plus malléable qu’on pourrait le craindre de prime abord. Mais ce qui me frappe le plus est la réaction des Arméniens quand j’essaie de leur parler dans leur langue, ils répondent souvent dans une langue étrangère, persuadés qu’ils sont qu’aucun étranger n’est capable de les comprendre dans la leur.
Au bout du compte, le plus complexe n’est probablement pas tant l’apprentissage de la syntaxe que l’effort de persuader les interlocuteurs qu’un étranger peut les comprendre dans leur idiome.

4. Il sera intéressant pour les lecteurs arméniens de connaître votre avis sur la cuisine arménienne. Avez-vous des plats préférés ?

Tout comme la culture arménienne, la cuisine ici a hérité de traditions anciennes. C’est une cuisine généreuse et copieuse, riche en goût et en couleurs. C’est une cuisine en lien avec sa terre. Personnellement, j’aime beaucoup le spas ou les dolmas.

Je dois dire aussi que je suis ravi que les Arméniens se réapproprient, après plusieurs décennies d’oubli, leurs anciennes traditions viticoles. J’ai goûté ici à d’excellents vins qui mériteraient d’être mieux connus à l’étranger.

5. Etant porteur de la culture française, avez-vous trouvé des similitudes avec la culture arménienne ?

Il y en a, effectivement. Autour de la gastronomie notamment : les Arméniens, comme les Français, sont de bons vivants, sachant apprécier les produits de la terre. Mais ils ne les apprécient que très rarement seuls : les repas se partagent en famille, entre amis. Il y a une sociabilité très forte autour du repas, moment privilégié de la journée, le midi ou le soir.

Mais on peut trouver d’autres points communs importants entre Français et Arméniens, comme l’individualisme ou la fierté de ses origines.

6. Et la dernière question est du domaine politique. Le 22 septembre, le maire d’Alfortville, Luc Carvounas, vice-président du groupe d’amitié France-Arménie du Sénat français, était en Arménie et a déclaré que le Sénat allait bientôt débattre d’un amendement à la loi Egalité et citoyenneté sur la pénalisation de la négation du génocide arménien. Avez-vous des informations sur l’état d’avancement des débats et quelles sont vos attentes vis-à-vis d’eux ?

Comme vous le savez, l’amendement portant sur la pénalisation des crimes de génocides, de crimes de guerre et crimes contre l’humanité ajouté à la loi Egalité et citoyenneté le 27 juin 2016 a été voté à l’unanimité par l’Assemblée Nationale en première instance et a été adopté au Sénat le 14 octobre dernier.
J’espère que ces débats, qui sont importants, feront en sorte de mettre en valeur le devoir de mémoire et l’humanisme. Travailler sur la mémoire est essentiel pour permettre la paix et un développement pacifique en désinhibant les cœurs des tensions et rancœurs.

publié le 24/10/2016

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